30 avril 2026

Un cessez-le-feu fragile, et après ?

Un cessez-le-feu fragile, et après ?

La nuit du 7 au 8 avril 2026 restera dans les mémoires comme celle d'un accord aussi improbable que précaire. Après des semaines d'escalade militaire et de menaces d'attaques massives contre l'Iran, Washington et Téhéran ont conclu un accord de dernière minute : un cessez-le-feu de deux semaines, conditionné à la réouverture du détroit d'Ormuz. Les autorités iraniennes ont indiqué que le passage serait possible  « en coordination avec les forces armées et dans le respect des contraintes techniques » . Les marchés financiers ont salué la nouvelle avec soulagement : chute du Brent à 95 dollars le baril, repli des taux souverains, progression des indices actions de part et d'autre de l'Atlantique, rebond de l'euro face au dollar.

Mais la fragilité de cette trêve est réelle. À l’heure où nous rédigeons ces lignes, Israël poursuit ses frappes sur le Liban, tandis que les positions américaines et iraniennes restent profondément divergentes sur l'enrichissement d'uranium et sur le contenu du plan de négociation. Téhéran cherche à transformer le détroit en levier économique durable, en institutionnalisant un droit de passage estimé à 1 dollar par baril : une ambiguïté qui pourrait rapidement cristalliser les tensions. Plus fondamentalement toutefois, l’accord confirme que Trump a lui aussi besoin d’un compromis. La probabilité d’un embrasement généralisé, avec ses conséquences sur les prix de l’énergie, l’inflation et la croissance mondiale s’en trouve réduite. La donne évolue.

Une dynamique américaine plus solide

Du point de vue de l’investisseur, la sélectivité géographique reste toutefois de mise, notamment sur les marchés actions.

Les indices américains conservent notre préférence à ce stade. La zone bénéficie d'une dynamique de croissance plus solide, d'une exposition structurellement moindre aux aléas des prix de l'énergie grâce à son autonomie en la matière, et d'attentes de résultats 2026 qui demeurent mieux orientées qu'ailleurs. Un point de vigilance toutefois : la thématique de l'intelligence artificielle devra continuer de rassurer les investisseurs, ce qui supposera une stabilisation des révisions haussières de capex.

Les marchés émergents offrent à nouveau des perspectives intéressantes. La tendance de dépréciation du dollar et l'accalmie attendue sur les taux souverains - dans le sillage d'une Réserve fédérale moins contrainte qu'anticipé - constituent des vents porteurs. Des incertitudes persistent néanmoins sur les chaînes d'approvisionnement et, plus spécifiquement, sur l'orientation des prix des semi-conducteurs, qui avaient été un moteur important pour la Corée du Sud et Taïwan ces derniers mois.

L'Europe présente un profil plus nuancé. Les indices ont étonnamment bien résisté depuis fin février et le rebond de la semaine du 6 avril intègre sans doute une bonne part de l'optimisme lié à la désescalade. Des opportunités sectorielles demeurent toutefois : tourisme & loisirs, industrie et banque…

Sur les taux souverains, le cessez-le-feu réduit mécaniquement la pression sur les banques centrales. Cette perspective favorise une détente sur la partie courte de la courbe, là où les anticipations de politique monétaire restrictive s'étaient le plus tendues. La partie longue, en revanche, devrait rester ancrée à des niveaux compatibles avec la tendance haussière structurelle.

Sur les marchés de crédit, les spreads euro offrent le plus grand potentiel de retracement tant sur l'Investment Grade que sur le High Yield.

Sur le change, le dollar, grand bénéficiaire de la crise du fait de son statut refuge - lié à l'autonomie énergétique et à la puissance militaire américaines - devrait à l'inverse subir les effets du cessez-le-feu. Un rebond de l'euro vers 1,20 dollar est anticipé au cours de l'année.

L'accord, aussi fragile soit-il, constitue un changement de régime pour les marchés. Il réduit sensiblement la probabilité du scénario le plus adverse - embrasement régional, choc énergétique durable, stagflation mondiale - et légitime une révision à la hausse des perspectives sur la plupart des classes d'actifs. Les prochaines semaines seront toutefois déterminantes pour confirmer la solidité du compromis et valider la trajectoire esquissée ces derniers jours.

Achevé de rédiger le 13/04/2026

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Muriel Tailhades Directrice Générale Zenith AM

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