Crise au Moyen-Orient : impacts économiques et scénarios de marché
Douze jours après le début des frappes massives de la coalition israélo-américaine, l’Iran a adopté une stratégie de coût maximal en frappant les infrastructures pétrolières et gazières des pays du Golfe et en menaçant le trafic sur le détroit d’Ormuz. Les pays du G7, réunis en urgence, ont pris la décision de libérer de manière coordonnée leurs réserves stratégiques de pétrole afin de contenir la prime de risque sur le baril. Ils ont également annoncé qu’ils contribueraient à la protection des tankers en transit et ont formellement sollicité l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis pour une augmentation rapide de leur production afin de compenser partiellement la perte des exportations iraniennes et les perturbations qataries sur le GNL.
Un choc stagflationniste mais maîtrisable
Plusieurs facteurs plaident pour une résolution rapide du conflit (3 à 5 semaines) : la préférence de Trump pour une opération aérienne ciblée sans engagement terrestre, le coût politique et économique croissant à l'approche des élections de mi-mandat US, les pressions des pays du Golfe et de la Chine ainsi que l'épuisement progressif des capacités balistiques iraniennes.
Dans cette hypothèse et en l’absence de dommages durables aux infrastructures énergétiques, la hausse des prix du pétrole devrait rester temporaire, permettant aux économies avancées d’absorber le choc sans perturbation majeure. L’inflation en Europe et en Asie en 2026 n’excéderait les prévisions d’avant-conflit que d’environ 0,5 %, les banques centrales maintiendraient leur cap et l’impact sur la croissance réelle du PIB resterait minime.
Si, en revanche, le conflit venait à durer plusieurs mois, les prix du pétrole pourraient atteindre 130 dollars le baril avant de refluer en seconde partie d’année. L’impact sur la croissance mondiale resterait modeste, mais inégalement réparti : la zone euro enregistrerait probablement une contraction au deuxième trimestre puis une stagnation, forçant la Banque centrale européenne (BCE) à relever ses taux dans un contexte de croissance pourtant dégradé. L’ampleur du choc resterait néanmoins bien inférieure à celle de l’invasion de l’Ukraine, qui avait provoqué une rupture brutale des approvisionnements énergétiques européens.
L’économie américaine résisterait mieux grâce à son indépendance énergétique structurelle, même si la hausse des prix de l’énergie compliquerait la tâche de la réserve fédérale (Fed) et plaiderait pour le maintien des taux Fed Funds à leur niveau actuel.
Les pays asiatiques seraient les plus exposés, mais l’impact de la hausse des prix de l’énergie serait atténué par les subventions gouvernementales (Indonésie, Inde, Pakistan…). Ce mécanisme transfère le coût vers les États, préservant à court terme les ménages et les entreprises, mais au prix d’une dégradation des finances publiques.
La Chine est un pays exposé aux chocs énergétiques, mais ses importations pétrolières ne représentent qu’environ 2 % du PIB et l’intensité pétrolière de son économie a nettement diminué, la rendant moins vulnérable aux fluctuations des prix.
Notre position constructive sur les actions émergentes repose sur des valorisations attractives, l’amélioration des fondamentaux macroéconomiques, la hausse des prix des matières premières pour les pays producteurs, ainsi que le boom de l’IA et la diversification des chaînes d’approvisionnement. Ces forces structurelles restent intactes et devraient se réaffirmer une fois les turbulences géopolitiques dissipées. L’épisode actuel s’apparente davantage à une pause qu’à un renversement de tendance.
Les effets du conflit, bien que réels et inégalement répartis, restent dans la plupart des cas gérables. Le conflit renforce surtout un schéma préexistant : la résilience relative des États-Unis face aux chocs énergétiques mondiaux.
Douze jours après le début des opérations, les marchés reflètent un scénario de choc modéré et temporaire : le marché actions mondial a cédé environ 4 % en dollars (-7 % pour l'EuroStoxx 50) et le dollar s'est apprécié, retrouvant son rôle de valeur refuge.
Achevé de rédiger le 11/03/2026
Les performances pasées ne préjugent pas des performances futures.